DOSSIER ROSE BLANCHE

Témoignages et réflexions

P RE LOUISE MILLETTE DÉPARTEMENT DES GÉNIES CIVIL, GÉOLOGIQUE ET DES MINES

Être utile à la société. Telle a toujours été la préoccupation de Louise Millette. Une préoccupation qui lui a fait choisir une carrière d?ingénieure et de professeure en génie civil, le domaine lui paraissant le meilleur moyen d?avoir une influence sur les décisions qui touchent la vie des gens. Elle salue les initiatives de la rose blanche, y reconnaissant ce même souci d?utilité sociale.

LE 6 DÉCEMBRE : L?ACTE ISOLÉ D?UN DÉSÉQUILIBRÉ, PAS UN SYMPTÔME SOCIAL En 1989, j?étudiais au doctorat à Polytechnique, mais le hasard a fait que je quittais l?École par la porte principale au moment même où commençaient les événements, en fin de journée le 6 décembre. Je n?ai jamais pensé que ce vacarme était autre chose que des manifestations de joie liées à la fin de session. C?est à peine deux heures plus tard, en retournant à mon appartement, en face de Polytechnique, que j?ai pris connaissance du drame. J?ai été touchée par les manifestations de solidarité provenant d?hommes et de femmes de partout au Canada et même de l?étranger, mais profondément bouleversée en pensant à toutes mes cons?urs dont le sort était encore inconnu. Pour ceux qui l?ont vécu, évoquer le 6 décembre reste douloureux. D?où la discrétion dont a fait preuve la communauté de Polytechnique depuis 25 ans au sujet du drame, et dont certains se sont étonnés. Au chagrin, immense, devant les pertes humaines, s?est ajouté le choc de devoir admettre que des événements de ce genre pouvaient survenir dans notre paisible Québec. Sans doute, taraudés par la question « qu?aurais-je pu faire pour empêcher cela ? », avons-nous également souffert d?un « syndrome du survivant ». Sans compter une gêne manifeste face à un certain voyeurisme ou à une récupération des événements, qui nous a aussi poussés à la retenue. Aujourd?hui, avec la rose blanche, Polytechnique prend la parole. Pas pour commenter l?événement du 6 décembre (ce que j?approuve, car je considère cet événement comme l?acte isolé d?un déséquilibré et non un symptôme social), mais pour rendre hommage aux victimes tout en envoyant un message positif à la société. SOULIGNER LE CARACTÈRE HUMANISTE DU GÉNIE Bien entendu, le projet ne fera pas à lui seul augmenter significativement les effectifs féminins dans les écoles de génie, tant les variables qui influencent les femmes dans leur choix de carrière sont nombreuses. L?environnement culturel joue incontestablement un rôle important. Il est frappant, par exemple, qu?en Amérique du Nord et en Europe de l?Ouest, la proportion de femmes chez les étudiants en génie stagne autour de 20 %, alors que dans d?autres régions du monde, comme l?Europe de l?Est, elle s?approche de 50 %. Encore aujourd?hui, la perception de certains milieux de travail en ingénierie peut rebuter les femmes, car ils sont encore identifiés, à tort ou à raison, comme des fiefs machistes. Mais les choses changent, car c?est justement la présence plus nombreuse des femmes qui contribue à faire évoluer ces milieux. En aidant à lutter contre les préjugés et en encourageant la scolarité des jeunes filles des milieux défavorisés, la Semaine de la rose blanche évoque le caractère humaniste du génie, le plus fondamental selon moi. Je rappelle toujours à mes étudiants que la partie « calculs » sera la plus facile de leur futur métier. C?est à des attentes et des besoins humains que ces futurs ingénieurs auront à répondre, ils ne devront jamais le perdre de vue. / 10 POLY / AUTOMNE 2014 / Volume 11 / Numéro 3

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