NATHALIE PROVOST PO 90 AFFIRMER NOTRE RÔLE DE BÂTISSEURS Je suis touchée par cette initiative de Polytechnique. Selon moi, après le drame du 6 décembre, Polytechnique a vécu une période de repli sur soi. Je vois, dans le projet de la rose blanche, une réaffirmation de ce que cette belle institution fait pour la société en formant des ingénieurs, des bâtisseurs du monde de demain. C?est à la fois un salut aux victimes et une main tendue à la relève. Par ce geste, Polytechnique et sa communauté montrent que, même à partir d?un événement douloureux, elles savent bâtir pour l?avenir, en incluant hommes et femmes. VULNÉRABILITÉ ET RÉSILIENCE Vivre un tel événement, c?est être brutalement confronté à sa propre vulnérabilité, à sa finitude. Pour moi, cet événement représente un deuil d?innocence, la naissance d?un sentiment d?inquiétude qui a peut-être freiné l?audace de mes 20 ans. En même temps, il a généré une puissante envie de vivre. Il m?est impossible de savoir quelle femme je serais devenue s?il ne s?était rien passé ce jour de décembre, mais je sais qu?il a révélé en moi une sensibilité très forte à la beauté et à la fragilité de la vie. J?ai aussi accru ma capacité à me remettre en question. De mon lit d?hôpital, saisie par l?urgence de vivre et de m?exprimer, j?ai lancé un message : Polytechnique est une belle école, allez-y, les

Nathalie Provost est une des victimes ayant survécu aux balles du tueur. Au lendemain du drame, elle s?est exprimée face aux journalistes, sur son lit d?hôpital, exhortant les filles à aller à Polytechnique et les garçons à ne pas se sentir coupables. Elle est la marraine de l?Ordre de la rose blanche.

filles ! Et j?ai dit aussi que les garçons n?étaient pas coupables. Aujourd?hui, ce message demeure pertinent. Je pense que les hommes ont été stigmatisés au lendemain du drame. Les garçons qui étudiaient avec nous se sont sentis impuissants, démunis face à ce déchaînement de violence absurde. Et leur sentiment de culpabilité était tangible. Il me semblait alors important de rappeler qu?à Polytechnique, nous étions capables de vivre ensemble hommes et femmes, et de devenir des moteurs de la société. 25 ANS APRÈS, UNE SOCIÉTÉ PLUS SÛRE ? Face au tueur, j?ai répondu : On n?est pas féministes. Et c?est sans doute ce que pensaient un grand nombre de femmes à l?époque. Parce que pour nous, le féminisme était un combat que les générations précédentes avaient gagné. Nous pensions qu?aux yeux de tous, notre place dans des carrières traditionnellement masculines était acquise. Cela a été un réveil brutal ! Je ne nous crois pas à l?abri aujourd?hui plus qu?hier. Notre société, qui déjà avant le drame avait réalisé de grandes avancées vers l?égalité entre les hommes et les femmes, a encore progressé depuis 25 ans. Et elle se démarque en cela de bien d?autres sociétés dans le monde. Je pense toutefois que certains sont toujours prêts à remettre en question ce progrès. De surcroît, la violence gratuite pour prouver qu?on existe demeure une tentation pour certaines personnes atteintes de mal-être. Or, nous n?avons guère plus qu?hier les moyens de repérer des individus en souffrance et de les accompagner avant qu?ils ne perdent pied. Et sans compter le recul actuel au sujet des armes à feu. C?est ce qui m?a menée à rallier le combat de Heidi Rathjen pour un meilleur contrôle de ces armes. DES VALEURS À DÉFENDRE, ENCORE ET TOUJOURS J?ignore si mes enfants vivront dans une société aussi en paix que celle que j?ai connue. Les jeunes ont des défis complexes qui les attendent. Des ressources naturelles qui s?amenuisent, une montée des intégrismes, des inégalités qui se creusent? Plus que jamais, il faut se battre pour une société plus équitable, plus libre, où les femmes comme les hommes peuvent réaliser leurs ambitions. Se battre pour défendre nos valeurs et agir contre les facteurs qui génèrent des Marc Lépine. Oui, il faut se battre, solidairement. / AUTOMNE 2014 / Volume 11 / Numéro 3 / POLY 9

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