Laure Waridel, directrice exécutive du CIRODD La co-construction demande d?adopter une vision systémique des problèmes. « Un bon exemple est le domaine des transports, où les besoins en durabilité sont aujourd?hui criants », indique M me Waridel. « Promouvoir la voiture électrique semble a priori un choix écologique. Mais serait-ce vraiment la solution optimale ? Rappelons-nous qu?une voiture est immobilisée en moyenne 92 % du temps et occupe donc inutilement de l?espace urbain. Si on pense mobilité avant de penser électrification, on se rend compte que les investissements seraient mieux placés dans le transport en commun plutôt que dans l?installation de bornes électriques dans les villes. » Enjeux médiatiques et politiques M me Waridel, qui complète son doctorat en anthropologie et sociologie du développement, est particulièrement sensible aux dimensions humaines de l?opérationnalisation du développement durable. « L?humain a naturellement une résistance au changement. Or, le développement durable implique de changer notre façon de voir les choses, comme nos comportements », rappellet-elle. Compte tenu de l?importance de l?adhésion et de l?implication des citoyens, les médias ont un rôle important à jouer dans la diffusion de l?information sur les enjeux et les solutions. Se pose alors le problème de faire entendre la voix des chercheurs dans l?espace médiatique. « D?une part, les chercheurs, soumis à la loi publish or perish du système académique, n?ont souvent guère de temps, ni d?intérêt, à consacrer à la vulgarisation des concepts scientifiques à la base du développement durable. D?autre part, plusieurs sont frileux de s?adresser aux médias, qui ont tendance à ultra-simplifier leurs propos et à faire des raccourcis exagérés. Il y a des efforts à faire des deux côtés », estime Laure Waridel. Que l?on s?adresse aux citoyens ou aux organisations, la chercheuse pense qu?il est utile de miser sur « l?effet carotte », c?est-à-dire sur les aspects positifs des changements. « Si on met en lumière les économies réalisées par les entreprises qui adoptent des solutions durables, ou leur meilleur positionnement face à leurs concurrents, on convainc plus facilement les autres entreprises à faire de même. » Elle précise qu?on ne peut faire l?impasse sur la réglementation, soit « l?effet bâton », pour opérer des changements à grande échelle. Aujourd?hui, l?inertie n?est plus une posture acceptable. Changements climatiques, perte de biodiversité, contaminations chimiques, augmentation des inégalités, etc. : tous les indices sont dans le rouge. L?impact géopolitique de la situation à l?échelle mondiale se ressent de plus en plus durement. En 2010, les changements climatiques ont causé le déplacement de plus de 20 millions de personnes dans le monde, selon l?Agence des Nations-Unies pour les réfugiés. « Devant l?ampleur des problèmes, les "chicanes de voisinage" entre les États n?ont plus leur place. Mais si la population ne demande pas de vrais changements aux politiciens et ne leur rappelle pas leurs responsabilités, ceux-ci ne changeront pas leurs priorités. La prise de conscience doit être comme la démarche d?implantation de solutions : globale, tout en s?incarnant dans des actions concrètes à l?échelle locale. Nous sommes à la croisée des chemins », conclut Laure Waridel, qui se réjouit que le Canada déclare vouloir s?engager davantage pour l?environnement. / AUTOMNE 2015 / Volume 12 / Numéro 3 / POLY 7

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