mal vivant en la guidant à l?aide d?un appareil IRM, ses concepts sont apparus beaucoup moins farfelus à la communauté médicale. L?expérience réussie de guidage de particules de polymère biodégradable chargé d?agent thérapeutique dans les vaisseaux sanguins d?un lapin jusqu?à son foie, en 2011, a renforcé l?intérêt des médecins pour ces travaux. Le procédé montre des limites dès qu?il faut faire circuler un dispositif dans les vaisseaux sanguins fins. En effet, on atteint là une échelle trop petite pour fabriquer un véhicule doté d?un système de propulsion efficace. Le chercheur se tourne alors vers un des meilleurs ingénieurs qui soit : la nature. Car il existe des nanodispositifs à l?état naturel qui ont la taille (1 à 2 micromètres) et le système de propulsion idéaux, se déplacent grâce aux champs magnétiques terrestres et sont attirés par les milieux pauvres en oxygène comme le sont les abords d?une tumeur. Ces petites merveilles, ce sont des bactéries aquatiques non pathogènes, qui ne se reproduisent pas dans le corps humain. « Cette idée d?utiliser ces bactéries comme agents de livraison de molécules médicamenteuses aux cellules a rencontré, elle aussi, un certain scepticisme. Nous sommes allés jusqu?à faire bâtir une pyramide de nanoblocs à une armée de ces bactéries guidées par des champs magnétiques pour montrer qu?il était possible de leur faire réaliser des tâches complexes. Il faut être aussi créatif en communication avec des bactéries que dans la recherche ! » s?amuse le P r Martel. Deux nouvelles étapes décisives ont été franchies récemment par son équipe. Elle a réussi à ouvrir temporairement la barrière hémato-encéphalique, permettant à des molécules de se rendre dans le cerveau. La quasi-totalité des médicaments ne parvient ordinairement pas à franchir cette membrane, ce qui limite notamment l?usage de traitements chimiothérapiques contre le cancer du cerveau. Et, tout récemment, elle a envoyé, dans une souris ayant une tumeur colorectale, une armée de bactéries chargées de médicaments, qui s?est déplacée directement du point d?injection jusqu?à la zone stratégique à traiter où elle a pénétré profondément dans les tumeurs. « Les bactéries détectent les zones tumorales appauvries en oxygène, qui sont habituellement résistantes à la plupart des traitements. Lors nos premières expériences, 55 % des bactéries ont atteint les tumeurs tout en préservant les tissus sains », relève Sylvain Martel. Disposant depuis peu d?une nouvelle plate-forme d?opération de nanorobotique médicale unique au monde, l?équipe du P r Martel va pouvoir poursuivre le développement du procédé à l?échelle de l?humain. « Cette plateforme automatisera pratiquement toutes les interventions. Notre nouvel objectif, c?est de montrer que nos procédés sont sécuritaires pour les humains. Nous allons développer des protocoles avec des médecins en vue de futurs essais cliniques », indique M. Martel, qui collabore, entre autres, avec le D r Gilles Soulez du Centre de recherche du Centre hospitalier de l?Université de Montréal (CRCHUM) et la D re Anne-Sophie Carret, spécialiste en hématologieoncologie au Département de pédiatrie du CHU Sainte-Justine. Passer du modèle animal au modèle humain comportera beaucoup de défis, mais le chercheur est confiant. « En quinze ans, nous n?avons jamais raté un de nos objectifs. Tout ce que nous annonçons, nous savons qu?il est possible de le réaliser. Et nous livrons ! Comme nos bactéries, en quelque sorte? » / OCTOBRE 2016 / Volume 13 / Numéro 3 / POLY 7

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